L'Apnée des ombres

 

 

J’ai attendu trois ans pour les voir apparaître, trois ans à partir du moment où je suis partie à leur recherche. Je n’avais pas pensé regarder sous l’eau. J’avais oublié à quel point elle m’est vitale. C’est là que mes racines sédimentent. Que je peux, apaisée, les rencontrer

Pour évoquer ce travail, j’emprunterai les mots de Jeanne Benameur dans Les insurrections singulières.

 

« Mon travail à moi, c’est de plonger dans l’obscur. En aveugle. Pour ramener un peu d’ombre. Un peu de ce qui en chacun de nous a tant de mal à se dire. Aujourd’hui, je sais que les zones obscures sont des zones pleines et que les mots, les vrais, c’étaient là qu’ils étaient, à attendre. Un humain a besoin de l’obscur. C’est fertile. »

 

Quelles sont ces ombres? Ombres corporelles ou souvenirs oubliés? Mémoires cellulaires baignant entre deux rives? Emanent d’elles les racines d’une étrange vie. Quelque part ailleurs, hors de l’eau peut être un corps, un être. Ici un travail est en cours, au rythme si lent qu’il est imperceptible. Il remonte à la nuit des temps. Seul émerge en silence l’apaisement.

 

Je ne peux devant ce rivage ne poser que des questions. Et les poser m’est doux. Comme si chaque ombre m’interrogeant était en elle-même une réponse. Il m’a fallu si longtemps pour les faire apparaître.

 

 

 

‘ Qui protège de ses mains nues votre liturgie minérale’

Henri Bauchau

 

 

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L'Apnée des ombres

 

I waited three years before I saw them appear, three years from the moment I started looking for them. I had not thought to look underwater. I had forgotten how vital water is to me. Water is the place where my roots sediment. Where, pacified, I can meet them.

 

To talk about this series, I will borrow words from the novel Les insurrections singulières by Jeanne Benameur:

 

“My work is to dive into darkness. Blind. Bring back some obscurity. A little part of what lies inside us but is so difficult to express. Now I know that dark areas are actually full, that they are the place where the words, the true ones, were, waiting. Human beings need darkness. It is fertile.”

 

What are these shadows? Corporeal shadows or forgotten memories? Cellular ghosts bathing in between two shores? Roots of a strange life emanate from them. Somewhere else, out of the water, there may be a body, a being. Work is in progress here, so slowly that the rhythm is imperceptible. It goes back to time immemorial. In silence, only calm surfaces.

 

Faced with that shore I can only ask questions. Asking them feels sweet. As if each shadow, and the questions it brings about, was, in itself, an answer. It took me so long to make them appear.

 

 

 

“Que protège de ses mains nues votre liturgie minérale”

Henri Bauchau

© Karine Zibaut

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